Tango et mieux être

par Robert  -  10 Février 2010, 13:01

Notre corps est le produit d’une histoire, d’une somme d’expériences

Mais la  conscience que nous avons de notre corps aujourd’hui, ici et maintenant, a  gommé cette histoire, ces expériences. Nous vivons notre corps comme une présence à l’actuel, comme s’il venait de naître.

Nous le vivons encore mieux ce corps s’il est en bonne santé, confortable, sans surprise. Mon professeur de philosophie disait « la santé c’est la vie dans le silence des organes »

On reproduit donc confortablement notre quotidien au travers de routines agréables venant rythmer la journée : les repas, une marche, un verre entre amis, une petite sieste, le sommeil …

Pourtant on ressent parfois la nécessité de produire de l’évènement, de sortir de la routine ; on ressent confusément que l’immobilisme c’est la mort, on va chercher de l’intensité et c’est là que le tango argentin dansé, trouve tout son intérêt et vient embellir la vie de ceux qui ont eu la chance de le rencontrer.

« Le tango argentin va faire vivre durée et intensité sur un mode différent du corps quotidien.

Le tango c’est une présence différente, une intensité de présence différente, une mobilisation différente de la présence, une valorisation de cette présence. C’est le plaisir d’une plus profonde présence à notre corps que le quotidien nous fait oublier pour un confort plus douillet. La survie a fait oublier la vie » écrit Remy HESS, chercheur, enseignant et tanguero.

L’âme et le corps qui se « mettent en risque »  dans le tango retrouvent la vie, même si, et certainement parce que,  pour cela ils choisissent l’inconfort. 

Le tango c’est l’intensification de la présence. On se met dans un état de mobilisation musculaire et psychique qui pourrait être proche de la tétanie comme un félin qui se prépare à attaquer une proie. Le premier pas de tango, le premier pas tout simple est déjà une somme d’énergie psychique et physique intelligemment concentrée. 

C’est d’autant plus dynamisant qu’on y ajoute la dimension duale : on ne danse pas seul, mais avec un autre être humain qui lui aussi vit son corps dans le tango d’une manière différente et qu’il s’agit d’harmoniser le tout. On partage donc un bref moment d’intensité, un moment d’une présence différente à la vie.

En résumé le tango est une thérapie douce parce qu’il nous fait mieux prendre conscience de qui nous sommes, de comment nous vivons notre quotidien, de combien la vie peut être plus riche, plus dense, de combien se mettre en risque, se mieux connaître, mieux connaître les autres, sont des facteurs de santé et de bonheur.

Trouver d’une façon douce, agréable, conviviale un meilleur équilibre psychique et physique c’est aussi cela le Tango Argentin.

Robert Canonne, février 2010 

 

Ps : vos avis, votre opinion, vos critiques, suggestions ... sur le sujet sont les très bienvenues.

Amitiés, Robert

philippe gensous 19/05/2010 22:53


eh! robert! ce que tu décris du tango "art de vivre" est magnifique, merci d'avoir su mettre des mots sur ce que je ressens confusément au plus profond de mes "trippes" dans la pratique de cet art
extraordinaire...


Florence Jourdan 08/03/2010 17:29


Tandem trouble et troublant qui tourbillonne sur le plancher, les danseurs se font tisserands de la mélopée enfin incarnée. Torse contre torse, ils s’envolent. Tourbillon tactile ou touffeur
transcendantale qui les meut, la piste devient le théâtre de leur jeu. Monsieur se fait thuriféraire ou tragique. Madame devient trésor torrentiel dans un tropisme extatique, les yeux mi-clos. Ces
deux là réinventent une toponymie des corps, transformée par la musique.
Abscons dites-vous ? Comment ne pas saisir l’envie d’étoffes amarante qui soulignent divinement l’ambiance passionnelle se dégageant d’une milonga ? Comment ne pas entendre le soin avec lequel ces
messieurs s’adonisent pour le grand bonheur de cette mise en scène séductrice du tango ? Qui résisterait à l’attrait de ces tenues affriolantes que ces dames revêtent ? Pas d’abandon dans tout cela
mais le bonheur angélique du lâcher-prise, du partage émotionnel quasi analytique, dans une envolée où, le temps d’une tenda, le mythe de l’androgyne platonicien fait retour.
Nymphe nonchalante ou nostalgique, naïade qui se love au creux du point névralgique de son cavalier, elle caresse le sol, glisse dans un mouvement angélique et nuancé, ou empli de nerveuse
passion.
Généreux grammairien, le cavalier gonfle le torse, respire avec gourmandise l’état de tension de sa cavalière avant de s’élancer avec elle dans la gracieuse ronde des danseurs. Le galbe des jambes
qui soulignent le tempo, la grâce des gestes qui glissent et s’enlacent, la gaité exquise de ces respirations entre deux mouvements énergiques sont autant de pas vers le nirvana partagé, le temps
d’une tenda.
Osmose ondoyante et onctueuse des corps qui s’enlacent. Ils sont oscillation, ils sont unité oblongue et vertigineuse, entrée en orbite, part delà la pensée, dans un voyage onirique souligné par le
bandonéon. Chronos n’est plus, c’est le piano qui l’a détrôné. Tout cela pour un voyage vers l’originel. Qui eu cru que le tango, qu’il soit nuevo ou milongero, permettrait de telles rencontres
avec soi-même, avec l’autre en toute tranquille sensualité ?
F


DAL ZOTTO Carine 17/02/2010 15:35


Merci pour cet excellent article plaçant le tango au-delà d'une "simple" danse !!! en effet, c'est bien plus que cela.....le ton est très juste !!! et tenez-moi au courant si votre projet d'atelier
"tango thérapie" aboutit .....à très bientôt. Carine


Jean François Lannebère 10/02/2010 23:31


Robert , tu es le meilleur , non seulement tu danses le tango mais tu en parles et l' analyse encore mieux . J 'apprécie et je partage tout à fait ton ressenti.

Merci encore de nous régaler de ta générosité et ta convivialité au service du tango.


Vagnon Hélène 10/02/2010 15:04


Est-ce toi, Robert, l'auteur de ces lignes? Quelqu'en soit l'auteur, elles sont intéressantes.
Si vivre est le silence des organes, alors le tango est la vie, non pas qu'il fasse oublier le corps, mais au contraire permet un autre regard sur son corps. Il devient harmonie, une harmonie à
deux, une petite parenthèse dans la routine quotidienne, une émotion, un moment d'exception. En réalité ce n'est pas une relation à deux mais à trois car la musique est la complémentarité
nécessaire, indispensable à l'harmonie du couple, c'est elle qui fait le lien entre ces deux corps.
Oui le tango peut-être vu alors comme une thérapie, un moment d'altérité s'il est vécu de façon sincère et avec humilité.
Merci à ceux, à toi Robert, qui permettent la réalisation de cette danse, dans de beaux lieux remplis d'une musique tellement agréable à suivre.